Edito N° 72
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QUAND  LA  PROBITE  L'EMPORTE...
Après le scandale du sang contaminé qui avait jeté le discrédit sur notre Centre Nationale de Transfusion Sanguine en montrant des agissements peu conformes aux intérêts des malades – on se souvient du « Responsable mais pas coupable » - ; après l'affaire des hormones de croissance qui, là aussi, avait montré que les intérêts économiques pouvaient primer sur la sécurité sanitaire, sans que les décideurs ne soient condamnés, au grand dam des familles de la centaine d'enfants décédés ; après la polémique déclenchée en France, suite à la vaccination massive contre l'Hépatite B qui a produit un nombre incalculable d'effets secondaires graves, niés par les autorités médicales mais considérés comme évidents pour des milliers de familles qui attendent que les deux laboratoires, fabricants du vaccin, mis en examen, soient jugés ; après la fausse pandémie H1N1 qui a dévoilé la légèreté de nos autorités sanitaires, les conflits d'intérêts chez les experts, la composition peu alléchante des vaccins et leur fabrication bâclée, et donc qui a contribué à discréditer un peu plus le monde médical, en exposant à nouveau au grand jour la suprématie du facteur économique...
« une question de fric ! » disait l'homme de la rue . Après ce passé peu glorieux pour ceux qui ont en charge notre Santé Publique, nous voici encore, en France, face à une nouvelle crise sanitaire,avec le Médiator, un médicament de fabrication française dont les risques ont été communiqués au Comité de pharmacovigilance dès 1999 et qui serait responsable, selon la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, d'au moins 500 morts. Sont pointés du doigt le laxisme, l'immobilisme, voire la complaisance des décideurs : « Depuis les premières alertes sérieuses, en 1995, dix ministres et secrétaires d'Etat à la Santé, quatre directeurs généraux de la Santé, cinq directeurs de l'Assurance Maladie se sont succédés, sans rien voir,en tous cas sans rien faire. Les exigences de la Santé Publique, de la sécurité sanitaire, se sont heurtées à la logique économique » (1). Encore une fois !
Ces incuries, voire ces faillites successives pourraient contribuer à nous décourager d'agir, à nous faire baisser les bras, à nous pousser à la résignation. Mais ce serait alors déconsidérer le travail patient et rigoureux, ainsi que l'engagement total de celle qui a permis la révélation du scandale du Médiator, madame Irène Frachon, médecin pneumologue à l'hôpital de Brest. Cette mère de quatre enfants, protestante pratiquante, n'a pas eu peur de s'affronter à l'inertie, aux lourdeurs des administrations, ainsi qu'à la toute puissance du deuxième laboratoire de France. En collaboration avec des confrères, notamment des cardiologues,elle a, pendant deux ans, minutieusement épluché les études et les rapports traitant des valvulopathies et a réussi à etablir un lien entre les cas mortels et la prise de Médiator.En réalité, elle a fait le travail de l'AFSSAPS (2) qui est le gendarme du médicament. Elle a eu le courage de raconter ses démarches dans un livre « Médiator, combien de morts ? »(3)
rompant radicalement avec l'omerta qui, le plus souvent, est la règle dans le monde médical. N'écoutant que sa conscience, et quel qu'en soit le risque, elle est allée au bout de sa recherche de la vérité, tout en restant modeste : « Je ne veux pas jouer les héroïnes, je suis médecin, j'ai fait mon boulot, pas plus... »(4)
Certes ; mais nous nous devons de saluer le courage et l'éthique de cette spécialiste qui, en jouant pleinement son rôle de lanceur d'alerte,permet de faire progresser la transparence et la démocratie dans un système que nous avons bien souvent l'occasion de décrier, à l'endroit des vaccinations.
Quand la probité l'emporte, il faut aussi le dire …. et s'en réjouir.

    • Le Canard Enchaîné du 22/12/2010
    • Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé
    • Editions-dialogues.fr
    • La Vie du 16/12/2010  


    Joël LAJUS

     

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