Edito N° 59 (Décembre 2007 - janvier - février 2008)
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« Corps et âme »

A regarder le spectacle du monde aujourd’hui, on pourrait croire que l’homme a perdu son âme [1]. Seul le corps existe et compte : que l’on entrouvre la porte des salons de beauté où hommes et femmes sont prêts à subir les plus extravagants charcutages pour ressembler à ce qu’ils imaginent, ou bien que l’on pénètre dans un stade où les foules vibrent à la vue de nos gladiateurs modernes dont les impressionnantes masses musculaires s’entrechoquent sur le gazon à la poursuite d’un œuf géant, tout le prouve.
            Le corps ça se cultive, ça s’entretient, ça se bichonne, ça se pomponne. « Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie » chantait Jacques Brel. Monsieur aussi, en tenue de jogging. Ne vieillissez plus : c’est démodé ! Le corps est divinisé, les médias célèbrent son culte. Et nous voilà victimes de cette inflation d’images qui visent à provoquer un phénomène d’identification : les stars ou les dieux du stade deviennent le double idéal projeté du spectateur. « L’ignorance des formes prouve l’intelligence des gens », me disait un ami, qui avait bien compris que le « fond », en vérité, est ce qui compte le plus. Et le fond, qu’est-ce d’autre que l’âme ?
            Chez les êtres vivants, le rôle de l’âme est prépondérant. C’est elle le siège de la finalité, c’est elle qui donne un sens, c’est-à-dire une direction. Le corps se nourrit de ce que l’âme lui apporte. La profondeur d’une sensation, la douceur d’un toucher ou la subtile fraîcheur de l’air sur la peau, toutes ces émotions que le cerveau interprète sont en permanence connectées au corps. On ne peut briser ce lien sans causer de graves perturbations tant au niveau individuel que collectif, comme l’explique fort bien le Dr Janssen [2].
            En pensant que l’âme n’avait aucune importance, voire aucune réalité, on a créé une médecine réductionniste et iatrogène, on a instauré des élevages en batterie pour le commerce de produits frelatés, on a pratiqué des expérimentations abominables sur l’être humain, on a conçu des vaccins standards pour des êtres tous différents, on a inventé le génie génétique pour changer nos identités, on a remplacé le réel par le virtuel, par les paradis artificiels et la drogue scientifique. Tout va de pair dans un monde sans âme.

            Pourra-t-on, voudra-t-on, comme Descartes le projetait [3], redonner à l’individu cette globalité où âme et corps façonnent ensemble l’individualité, la liberté et la conscience, seuls garants de la bonne santé d’une société ?

Françoise JOËT

1 – Ame : du latin « anima », principe de la sensibilité et de la pensée
2 –  « La solution intérieure – Vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit » par le Dr Thierry Janssen,     Ed. Fayard, 2006. Voir notre article p. 15 du Courrier d’ALIS n°59.
3 – René Descartes « Traité de l’homme », 1664

 

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