Edito N° 54 (Septembre - octobre - novembre 2006)
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Croire ou réflechir

"Je crois parce que c'est absurde" avait dit Ignace de LOYOLA dans ses exercices spirituels. Une boutade? Un paradoxe? Non, la vérité. Croire, c'est rassurant et ça dispense de s'interroger. On peut donc croire à tout. La plupart du temps, volontairement, mais souvent aussi sous la contrainte, car la croyance pousse au prosélytisme. Confortés par les rites et l'esprit de communauté, le croyant est sûr de lui, il se sent fort et ne perçoit en rien qu'il puisse y avoir hypothèque sur sa liberté, ou emprise sur son corps et son esprit. De toute façon, il ne cherchera pas à savoir. La soumission est vécue comme salutaire. Car, s'il venait à perdre sa foi, il se sentirait perdu, privé de sa planche de salut, à la dérive : un vrai cauchemar! Pire que les premiers temps de sevrage chez les drogués.

Toutes les églises, mêmes celles qui n'en portent pas le nom, ont cultivé la peur de la réflexion. Le début de la foi, c'est la fin de la pensée. Tenez, prenez le BCG. Qu'y a-t-il de plus absurde? Pourtant ses adeptes ne voudraient pour rien au monde cesser de l'adorer. Sans lui, plus de raison d'être. Voyez comme on en vient même à renforcer les traditions :"Recommençons les tests", nous disent les prêtres chevronnés, " ce vieux rite doit perdurer!". Les modernes, fatigués du latin devenu incompréhensible, essaient bien de faire évoluer les coutumes et le cérémonial, mais sa Sainteté l'OMS, par prudence et componction, ne se prononce pas avec vigueur. Et la curie siégeant à l'Académie, au Ministère ou à l'Ordre des Médecins, s'efforce de freiner les réformes. Le dogme est intouchable, c'est de bonne guerre.

"Le sommeil de la raison engendre des monstres" avait écrit GOYA sur un de ses dessins, peu avant de mourir. C'est bien ce qui se passe lorsque l'irrationnel a gagné tout le cerveau, ne laissant plus de place à la logique et au raisonnement. La réflexion est alors impossible, même chez ceux qui, hypocritement, s'accommodent du " faire semblant ". Il est vrai que réfléchir, c'est inconfortable : le doute peut surgir, les questions peuvent rester sans réponse et le chemin de la pensée peut mener très loin, surtout si l'on veut appréhender les choses dans leur globalité et leur réalité.

Peut-être, après tout, que "la puissance de la création appartient indéniablement à l'irrationnel" comme l'affimait Julien BENDA et que, sans la mise en scène de son imaginaire, l'homme ne pourrait pas vivre. Mais doit-on pour autant donner tout pouvoir à ceux qui ont perdu le sens commun? Est-il acceptable que des "aliénés" ( au sens hégélien ) nous imposent des rites néfastes, dangereux et inutiles, qui portent atteinte à notre intégrité physique, sans que l'on puisse donner son consentement? Croire s'il on veut, mais ne pas cesser de réfléchir, telle est la priorité pour que le BCG rejoigne enfin, et pour tout le monde, la tombe des dieux oubliés

Françoise Joët

 

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