Edito N° 44 (Mars - avril - mai 2004)
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Soubresaut

Négriers nous fûmes, puis colonialistes, enfin vaccinateurs. Projection logique de la pensée des puissants sur les faibles. Les moyens changent, mais l'esprit reste.

Pourtant, Bougainvile, dans son merveilleux "Voyage autour du monde", dépeignit avec admiration les peuples d'Océanie; Rousseau nous enseigna les vertus du "bon sauvage" et Bernardin de St Pierre fit de "Paul et Virginie" des héros mythiques. Version idyllique de ces hommes, évidemment. Mais leur monde, aussi imparfait fût-il, leur appartenait et ils pouvaient dire avec Voltaire : "Le paradis est où je suis". De quel droit avons-nous cru devoir apporter à ces peuples bienheureux notre modèle de civilisation? Quel incommensurable orgueil nous permet de croire qu'il est supérieur à la beauté morale de ces sociétés dites "sous-développées"?

La découverte faite sur le site de Caral, au Pérou, a pu montrer que la première cité humaine avait prospéré pendant plus d'un millénaire dans la paix et le bien être.

Regardez les Punas de Bornéo : ils évoluent dans cette forêt vierge qui leur donne tout, ils respectent la nature et ses créatures, ils savent mille choses que nous ignorons, ils ont la paix dans l'âme et leur simplicité fait leur grandeur. Regardez sur tous les continents ces enfants ingénus et généreux prêts à suivre le magnifique chemin de la vie. Que leur avons nous apporté, à part la guerre, l'angoisse, la maladie, la mort? Qui peut croire qu'en lançant des bombes sur Bagdad, on entame une action civilisatrice?

Mais la pire des contraintes est celle qui se présente sous le masque de la philanthropie. En Land Rover, les vaccinateurs-civilisateurs sillonnent la brousse, porteurs du bonheur moderne contenu dans trois gouttes d'un liquide magique. Oui mais, on ne trompe pas indéfiniment les sages qui, sous l'arbre à palabres, devinent enfin la "barbarie" qui se cache derrière le masque. Bras pour les plantations, chair à canons, cobayes pour les vaccinations : ils ont compris. Nous assistons à la première secousse. Que sera la suite?

A traiter nos semblables comme des animaux, nous n'aurons que le juste retour de bâton. A moins que nous ne l'anticipions en redonnant dignité à ceux que nous avons blessés, comme l'exprime la sagesse populaire espagnole dans ce proverbe "Quien hizo la llaga, ése la sana" (celui qui fait la blessure, peut la guérir).

L'image de cette baleine, animal morphologiquement si loin de l'homme caressée par Nicolas Hulot dans un documentaire de l'émission "Ushuaïa", nous prouve que l'intelligence des bêtes peut surpasser celles des hommes. De quoi nous rendre humble.

Françoise Joët

 

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